À force de célébrer son « football universel », Gianni Infantino, le président de la FIFA, semble oublier que toutes les nations ne sont pas logées à la même enseigne. Le Mondial-2026 met en lumière une réalité : plusieurs sélections, notamment africaines, ont dû mener un véritable parcours du combattant pour obtenir des visas, organiser leurs déplacements ou faire venir leurs proches et leurs supporters. Des situations qui ont parfois provoqué de véritables drames humains, privant certaines de conditions de préparation optimales.
Cet état de fait pose une question de fond : à quoi sert l’élargissement de la Coupe du monde à 48 équipes si les nouveaux participants ne bénéficient pas des conditions minimales pour vivre pleinement l’événement ? En ouvrant les portes du tournoi à davantage de pays, la FIFA s’est attribué le rôle de championne de l’inclusion. Mais, dans les faits, elle s’est montrée incapable d’anticiper les obstacles administratifs auxquels étaient confrontées certaines délégations.
Le cas du Cap-Vert, dont des membres de l’entourage de la sélection ont rencontré d’importantes difficultés de déplacement, n’est pas isolé. Celui du Sénégal ou de la Côte d’Ivoire également. Celui de l’Iran est sidérant. D’autres fédérations moins influentes ont également dû composer avec des procédures longues, coûteuses et parfois humiliantes. Pendant ce temps, les grandes nations du football, fortes de leur poids politique et économique, n’ont rencontré pratiquement aucun obstacle.
Ces difficultés n’étaient pourtant pas totalement imprévisibles. Dès l’attribution de l’organisation du tournoi, de nombreuses voix avaient souligné les contraintes administratives susceptibles de toucher certaines nationalités, notamment celles des fédérations d’Afrique, d’Asie ou des Caraïbes. La FIFA, qui dispose de moyens considérables et d’une capacité d’influence reconnue auprès des États organisateurs, aurait pu anticiper davantage ces situations et mettre en place un dispositif spécifique d’accompagnement. Ce ne fut pas le cas.
Cette différence de traitement renforce le sentiment d’un football à deux vitesses : d’un côté, les puissances traditionnelles, accueillies à bras ouverts ; de l’autre, notamment les nations invitées au banquet, mais contraintes de franchir seules un parcours semé d’embûches. La FIFA ne peut se contenter d’invoquer la souveraineté des États en matière de visas et laisser les sélections sans aucune protection, tout comme le corps arbitral.
L’instance de Zurich, lorsqu’elle attribue une Coupe du monde à un pays, a le devoir de s’assurer que toutes les délégations qualifiées bénéficient de garanties claires et équitables. Faute de quoi, le principe d’universalité qu’elle brandit à longueur de discours ne restera qu’un slogan de communication. Car
un Mondial qui ouvre ses portes aux nations tout en leur compliquant l’accès n’est pas seulement une contradiction. C’est un échec organisationnel et, pour beaucoup, un reniement de l’esprit même du football.
Face à ces manquements, il appartient désormais aux Associations membres de la FIFA de sortir de leur silence, tout comme les unions politiques telles que l’Union européenne ou l’Union africaine. Et l’assemblée générale de la FIFA ne peut se contenter d’entériner les décisions de l’instance dirigeante sans exiger de comptes. Elle doit brandir un carton rouge au président Gianni Infantino (seul maître à bord !!!) pour avoir failli à sa mission d’assurer l’égalité de traitement entre toutes les nations qualifiées.
Le football mondial ne peut pas être gouverné selon le principe du « faites ce que je dis, pas ce que je fais ». Si la FIFA veut préserver sa crédibilité, elle doit accepter d’être interpellée et contrôlée par ses propres membres. Une mobilisation des fédérations, en particulier des petites et moyennes associations, est nécessaire pour rappeler une évidence : la FIFA n’est pas au-dessus de ses membres et ne peut agir à sa guise sans rendre de comptes.
À défaut, le discours sur l’universalité du football risque de perdre toute sa substance, et le Mondial à 48 équipes de n’apparaître que comme une vitrine d’ouverture masquant des inégalités bien réelles. Un autre problème, et bien plus important : le non-respect de la loi de la FIFA concernant les positions politiques de Gianni Infantino, notamment « le deux poids, deux mesures ». L’Union européenne est montée au créneau et a demandé une enquête.-
AHMED BESSOL LAHOUARI
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